Pour atteindre cet objectif, nous avons mis en place, en collaboration avec la Marine nationale, le cadre logistique et administratif permettant aux étudiants en master de l’Alliance Sorbonne Université de devenir VOABio, prêts à servir la Mission Bougainville outremer pour une mission d’un an. Le poste de VOABio a été spécialement créé par la Marine nationale pour soutenir la Mission Bougainville. Par nature polyvalent, le VOABio combine des travaux scientifiques en mer et à terre avec un engagement total dans la Marine en tant qu’officier aspirant.
La mission Bougainville s’inscrit dans le cadre d’un projet plus ambitieux, l’initiative Plankton Planet, qui vise à contribuer de manière significative à la compréhension de la vie invisible dans les océans en France et dans le monde, en particulier dans les domaines où les connaissances actuelles restent limitées. Elle répond au besoin urgent de développer les capacités de biosurveillance à toutes les échelles spatio-temporelles et biologiques, tout en tenant compte des contraintes et des fragmentations budgétaires, technologiques et juridiques existantes.
Dans les eaux françaises des océans Indien et Pacifique, la mission Bougainville prévoit, sur la période 2026-2030, de collecter :
- 1 200 sites d’échantillonnage,
- 2 500 échantillons de biomasse planctonique pour des analyses ADN,
- 1 200 échantillons d’imagerie (environ 2 000 000 d’images de plancton),
- 1 200 enregistrements environnementaux (profils CTD),
- Environ 1 000 000 mesures PAR (rayonnement photosynthétiquement actif).
Toutes les observations brutes et les données collectées feront l’objet d’un contrôle qualité et seront stockées dans des bases de données en libre accès (notamment ENA – European Nucleotide Archive pour les données génétiques, et ECOTAXA pour les données d’imagerie), librement accessibles à la communauté scientifique internationale. Les données seront également traitées, annotées sur le plan taxonomique et publiées dans des tableaux d’abondance, accompagnées de leurs métadonnées et de leur contexte, sous la forme de documents de données ZENODO, ce qui facilitera leur utilisation à grande échelle par les chercheurs ou les administrations environnementales ne disposant pas d’expertise en bio-informatique.
À la fin du projet, nous aurons constitué un ensemble de données unique, couvrant plusieurs années, destiné à approfondir notre compréhension de la structure, de l’écologie et de l’évolution du microbiome océanique.
Ce corpus de données permettra d’étudier en profondeur :
- les adaptations du microbiome océanique au changement climatique, en identifiant les réponses des communautés microbiennes aux modifications environnementales ;
- la dynamique éco-évolutive du plancton à des échelles spatiales et temporelles encore largement inexplorées, offrant une vision globale et dynamique de la diversité microbienne dans le plus grand bassin océanique (Indo-Pacifique) ;
- la structure et l’écologie des interactomes, c’est-à-dire les interactions complexes entre les taxons microbiens, et leur intégration dans les modèles biogéochimiques existants.
De plus, en mettant les outils et les données à la disposition de la communauté scientifique internationale, le projet ouvrira de nouvelles voies de recherche sur un large éventail de sujets (voir le paragraphe « Impact » ci-dessous), tels que :
- les interactions avec d’autres espèces marines, en particulier les espèces protégées, afin de mieux évaluer l’impact de la dynamique microbienne sur les populations vulnérables ;
- les proliférations d’algues et les mécanismes sous-jacents à ces phénomènes, qui ont un impact significatif sur les écosystèmes marins et les économies côtières ;
- les interactions écosystémiques plus larges, telles que les effets du microbiome sur les réseaux trophiques ou sur la chimie océanique à grande échelle.
De cette manière, le projet enrichira notre compréhension globale des océans et contribuera à orienter les stratégies de conservation et la gestion durable des écosystèmes marins.