Augustin De Raucourt : Commandant du BSAOM D’Entrecasteaux

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes : votre parcours dans la Marine jusqu’au commandement que vous exercez aujourd’hui ?

Je suis le lieutenant de vaisseau Augustin de Raucourt, commandant du bâtiment de soutien et d’assistance outre-mer (BSAOM) d’Entrecasteaux.

Je suis entré dans la Marine Nationale en 2014, en intégrant l’Ecole Navale après deux années de classes préparatoires à Paris. Trois ans plus tard, en 2017, j’ai rejoint ma première affectation sur patrouilleur de service public (PSP) à Cherbourg. J’y ai passé deux années au cours desquelles j’ai participé à plusieurs opérations de surveillance de l’immigration et de police des pêches en Manche et en mer du Nord, ainsi qu’à des exercices internationaux en mer Baltique.

J’ai ensuite rejoint les forces sous-marines en 2019. J’ai ainsi navigué sur sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) à Brest puis sur sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) à Toulon. Au cours de mes six années « en immersion », j’ai été déployé de l’océan Atlantique à l’océan Indien, en passant par la mer Méditerranée, pour y mener des missions de dissuasion, de recueil de renseignement ou encore pour assurer l’escorte du porte-avions (PA) Charles de Gaulle.

Je suis affecté sur le d’Entrecasteaux depuis juillet 2025. J’ai tout d’abord pris le commandement de l’équipage A. Puis, en juillet 2026, les deux équipages ont fusionné et j’ai désormais la chance de poursuivre cette aventure en tant que commandant de l’équipage réunifié.

 

À quoi sert concrètement un BSAOM ? Comment décririez-vous les missions et les moyens du d’Entrecasteaux à quelqu’un qui n’y connaît rien ?

Le BSAOM est un véritable « couteau-suisse » pour les armées en outre-mer. Armé par 31 marins, il est multi-tâches :

  • Capable d’embarquer une grande quantité de matériel, il peut ravitailler des zones isolées, loin des principales routes commerciales, ou frappées par des catastrophes naturelles comme des cyclones ou des tremblements de terre ;
  • Équipé de capacités antipollution, il peut apporter son concours aux centres de secours régionaux (MRCC) en cas de pollution importante dans la région où il navigue ;
  • Doté d’une autonomie très importante, il est capable de parcourir plusieurs milliers de kilomètres sans ravitailler pour porter assistance à un navire en difficulté : remorquage, soutien logistique (vivres et gazole), soutien médical, lutte contre un incendie ;
  • Patrouillant quotidiennement dans les eaux françaises, les ZEE des pays voisins et les eaux internationales pour assurer la souveraineté de la France, il est en mesure de déployer une équipe de visite sur d’autres navires dans le cadre de contrôles : police des pêches, trafic de drogues ;
  • Enfin, il est un excellent moyen de représentation auprès de nos partenaires et participe ainsi au rayonnement de la France à l’étranger.

 

Qu’est-ce que la mission Bougainville apporte à vous-même et à votre équipage ? Qu’est-ce qu’elle apporte à la Marine dans ses missions dans le sud-ouest de l’océan Pacifique ?

La mission Bougainville apporte une vraie plus-value puisqu’elle incite l’équipage à s’intéresser davantage au milieu au sein duquel il évolue. Elle nous pousse à nous questionner sur les évolutions climatiques actuelles. Il s’agit d’une mission concrète, appréciée par les marins, fiers de participer à leur niveau à la protection des océans et de pouvoir échanger avec une personne issue du monde scientifique.

J’ajoute par ailleurs que cette mission ne se limite pas à la Marine. En effet, nous parlons de ce projet dès que l’occasion se présente (14 juillet, visites du bateau par des scolaires, conférences au sein d’établissements scolaires, présentations en escales) et nos interlocuteurs sont toujours très intéressés.

Enfin, il est probable que le Pacifique subisse les impacts climatiques du phénomène El Nino dès le mois d’octobre 2026. Cela génère beaucoup d’incertitude et de crainte auprès de nos partenaires régionaux compte tenu des conséquences socio-économiques que cela pourrait engendrer. Aussi, au même titre que les autres missions scientifiques menées dans le Pacifique, le projet Bougainville témoigne de l’intérêt de la France vis-à-vis des questions liées au climat ce qui rend nos actions d’autant plus crédibles.

 

Quel est le rôle du VOA biodiversité au sein de votre équipage ?

La mission première du VOA biodiversité est de procéder à ses prélèvements et ses échantillonnages lorsque la situation le permet.

Il concourt également au rayonnement du projet lorsqu’il participe à des présentations comme évoqué ci-dessus (conférences dans les universités, présentations dans des écoles, tenue d’un stand le 14 juillet).

Par ailleurs, compte tenu des équipages optimisés qui arment les BSAOM, il détient plusieurs rôles à bord qui n’ont rien à voir avec le projet. Ainsi, en cas de sinistre, il participe à la lutte au même titre que les autres marins. Il lui arrive notamment d’enfiler une tenue de pompier lors des entraînements menés par l’équipage.

Il soutient enfin le commandant en second lors de la préparation des escales ou encore le commandant pour certaines activités de représentation (coutume, accueil de personnel étranger) ou de communication.

 

Quel conseil donneriez-vous à un étudiant de Sorbonne Université qui s’apprête à rejoindre la mission Bougainville pour bien s’intégrer à bord ?

Tout d’abord, je le féliciterai pour son engagement. Ensuite, je lui conseillerai :

  • De faire preuve d’ouverture d’esprit en s’intéressant aux métiers des marins qu’il sera amené à côtoyer et en participant à la vie de l’équipage : les trois VOA que j’ai rencontrés depuis mon arrivée en Nouvelle-Calédonie ont adopté cette philosophie et je crois pouvoir dire qu’ils ne le regrettent pas ;
  • D’être convaincu de l’intérêt des missions réalisées par la Marine sur toutes les mers du globe comme de la mission qui lui confiée : en étant convaincu, il sera convaincant ;
  • De profiter de chaque opportunité qui lui sera offerte au cours de son année de VOA (embarquements, visites, rencontres) et d’être force de proposition auprès de l’état-major lorsque des idées d’amélioration lui paraissent bénéfiques pour la mission : l’année est intense et passe très vite.
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